Panier

Interview : Mahault Mollaret, écrivaine

Mahault Mollaret, auteur de K.O debout, publié chez Plon - Portrait photo : Nina Koltchitskaia 

Pourquoi l’écriture tient-elle une place si importante dans ta vie ?

Mon envie d’écrire est née d’une période d’ennui. J’étais enfermée dans un bureau toute la journée et pour tuer le temps je m’étais amusée à écrire une nouvelle par jour qui devait tenir en une page, avec un début et une fin. C’est alors devenu comme un sport nécessaire, un entrainement quotidien.  Ensuite j’ai eu envie de rentrer dans un sujet, de suivre un personnage mais toujours dans cette démarche de chapitres très courts, qui les uns après les autres, finiraient par devenir un livre.

Quel avenir imagines-tu pour l’écriture dans ce monde porté de plus en plus sur l’image ?

Je n'imagine pas la disparition de l'objet livre. Les livres resteront toujours, car les gens qui lisent les aiment trop. Et de toutes façons, en matière d'image, il sera toujours de bon goût d'avoir une bibliothèque pour décorer son salon...
Au delà, je pense que tous les nouveaux moyens d'expression qui sont à notre disposition ont du bon, notamment via les réseaux sociaux qui imposent des contraintes de caractères limités, qui obligent à être concis, efficaces, moi je ne les utilise pas mais ça me fait me penser à l'époque d'avant free, ou nos forfaits téléphoniques étaient précieux, chaque texto comptait. Il fallait avoir de l'imagination pour se faire comprendre et éviter le "OR 4fé". C'était ludique, un langage à part, encadré. L'écueil c'est qu'il sorte justement de ce cadre, déborde sur les copies d'école et la simplification des mots et du langage par fainéantise telle que farmacie à la place de pharmacie, ne me plait pas complètement. 

Parle-moi de trois femmes qui ont changé ta vie.

Dorothy (personnage du film le magicien d’Oz) : ce fut le premier choc esthétique de ma vie. La première fois que j’admirais la beauté d’une jeune femme, à qui on ne pouvait pas donner d'âge. Elle avait tout de l'enfance et en même temps je l'admirais comme on admire sa grande soeur ou son institutrice. Perdue, déracinée par une tempête, elle devait se débrouiller pour retrouver son chemin… J'ai envié son aventure et rêvé souvent, qu'il m'arrive quelque chose d'exceptionnel.

Jane Campion : après avoir vu "un ange à ma table"  son film qui dresse le magnifique portrait de Janet Frame,  j’ai tout voulu voir.  C'est la première fois que je me suis intéressée à l’œuvre de quelqu’un dans son intégralité.

Annie Saumont : Reine de la nouvelle, qui vient de nous quitter. L'envie d'en écrire me vient d'elle, je crois, elle fait partie de ces auteurs qui inspirent et donnent envie d'écrire. Pour moi, la nouvelle est l’une des formes d’écriture les plus difficiles, et quand c'est réussi, il n'y a rien de meilleur. On lui doit notamment la traduction de l’Attrape-cœurs de J. D. Sallinger.

Quelle est ta devise ?

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. » René Char

 « Ad misse » c’est s’autoriser. En 2017 qu’est-ce qu’une femme doit savoir s’autoriser ?

Tout, oser tout, tout le temps. Ne pas s’excuser d’être à la place de quelqu’un d’autre. Ne pas s'excuser d'être, tout simplement.

Qu’est-ce qu’une femme Admise ?

La femme Admise n’a pas d’âge. C’est une femme qui, en portant le tailleur, devient une version améliorée d’elle-même. Un tailleur comme un costume au sens noble du terme. Moi, femme Admise, je range mon tailleur à côté de mes belles robes pour les grandes occasions.